La crise de la chirurgie en France (communiqué de presse)


L’Académie nationale de chirurgie dont l’une des missions est de veiller aux bonnes conditions éthiques, déontologiques et matérielles d’exercice de la chirurgie en France, juge bon d’attirer l’attention sur l’état de crise grave, imposant des mesures immédiates, dans lequel elle l’estime à présent plongée .

Les causes de cette crise sont connues

  • numerus clausus excessif et trop longtemps prolongé du nombre des étudiants en médecine, à présent insuffisants en nombre ;

  • contraintes et pénibilité du métier non compensées par un revenu adapté à la longueur des études et aux difficultés de l’exercice professionnel, et incompatibles avec la préservation de la vie familiale, la réduction actuelle des horaires de travail, la culture des loisirs ;

  • « judiciarisation » excessive de la profession que la reconnaissance de l’aléa médical ne semble pas avoir fait diminuer.

Les conséquences néfastes sont évidentes

  • désintérêt des étudiants pour la chirurgie : un grand nombre de postes d’ « internes » n’ont pas été pourvus lors des choix récents ;

  • difficultés pour les chirurgiens libéraux de trouver remplaçants et successeurs puisque, aux exigences communes à toute pratique chirurgicale viennent s’ajouter les contraintes financières (rémunération des aides opératoires et des secrétaires, coût élevé des primes d’assurance en responsabilité civile) et les incertitudes sur le devenir des établissements privés (fermetures, regroupements) ;

  • diminution très inquiétante du taux de renouvellement des chirurgiens (1.29% en chirurgie générale pour 15% en médecine générale) ;

  • nombreuses vacances de postes dans les hôpitaux publics, qui augmentent la charge de travail des praticiens en place dont les conditions d’exercice sont également perturbées par la législation sur la durée du temps de travail et la mise en application des nouvelles directives européennes.

Il s’ensuit à court terme un risque de diminution de la qualité des soins chirurgicaux.

Les moyens de pallier ces difficultés croissantes et inquiétantes sont

  • La reconnaissance de l’identité spécifique de la discipline chirurgicale afin de la rendre à nouveau attractive. Cette reconnaissance passe par une revalorisation morale et matérielle.

  • Une réorganisation de la pratique chirurgicale :

  • La « territorialisation », dans le cadre d’un plan régional, est une mesure attendue dont la nature « politique » rend compte des retards de mise en place.

  • Seuls des regroupements opérationnels, par mutualisation des hommes et des moyens, peuvent aujourd’hui assurer sécurité et modes de vie compatibles avec les exigences des jeunes praticiens. Il ne servirait à rien de réunir les chirurgiens, et les anesthésistes, si tous les moyens technologiques contemporains ne leur étaient pas donnés.

  • La coopération des secteurs public et privé ne doit pas rester une simple incantation. Elle impose, ce que prévoit le plan « Hôpital 2007 », une modification des statuts des médecins des hôpitaux : à ce jour les discussions sur cette question sont à peine commencées.

  • La formation des chirurgiens, enfin, doit faire l’objet de profondes modifications :

  • Elle doit suivre les orientations définies par la Fédération des Collèges de Spécialités Chirurgicales.

  • L’évaluation des connaissances, avant l’attribution de la qualification, doit être assurée de façon identique pour tous, afin d’aboutir à une compétence égale des praticiens.

  • Pendant la carrière, le suivi de la formation continue est fondamental. Il doit faire l’objet pour tous d’une évaluation régulière des compétences et des pratiques dont la mise en place et la réalisation devront associer les organisations chirurgicales : collèges de spécialités, académie nationale de chirurgie, conseil national de l’ordre des médecins.

  • La création récente d’un Conseil National de la Chirurgie témoigne de la prise de conscience par les pouvoirs publics de l’intensité de la crise et de leur volonté de faire progresser rapidement les décisions, à l’élaboration desquelles doivent prendre part les représentants des chirurgiens des secteurs public et privé. Des dispositions préconisées par ce conseil et des mesures qu’il incitera le ministre et ses collaborateurs à prendre avant qu’il ne soit trop tard dépendront sa réelle crédibilité.

     
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